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Jean LenoirAuteur

Biographie

Jean Neuburger, dit Jean Lenoir (1891 - 1976), du nom de jeune fille de sa mère, Schwartz, qui signifie Noir.


Il est né le 26 Février 1891,quelques années avant ce siècle, d'une famille "qui commençait à prendre les proportions d'une tribu" disait-il, étant le dernier mais néanmoins le dixième enfant. Le seul jouet qui reste disponible dans la maison patriarcale est le piano. C'est lui qui en hérite dès l'âge de six ans et c'est ainsi qu'on découvrit qu'il avait la fibre musicale. Plutôt flattée, sa famille lui donne un maître de musique, dont le souvenir fervent l'a toujours rattaché a son adolescence, le grand Louis Vierne, maître organiste à Notre-Dame. Admis à jouer à seize ans sur les grandes orgues, le serment d'être musicien était gravé à jamais. A dix-huit ans, il tombe amoureux d'une jeune ouvrière. C'était plus qu'il n'en fallait pour encourir la malédiction paternelle. Sa famille qui le destinait à reprendre le commerce de passementerie lui coupe les vivres. Il range trois chemises dans une mallette et il part, avec ses économies dont le montant n'excédait pas dix francs, et son autre fortune, le manuscrit d'un opéra inachevé.


Le jeune musicien et sa compagne connurent les longs jours d'une bohème dont il est difficile aujourd'hui, de se faire une idée. Le voilà installé à Bruxelles où chaque jour de subsistance pour le singulier couple constituait une sorte de miracle. Mais, la grande force de Jean, c'est précisément sa foi inébranlable dans son art. Une petite fille, Manon, naît en 1911… A cette époque, il tient le piano dans un concert de la capitale belge. Le succès arrive. En peu de temps, il est célèbre, bien payé, lancé. Il donne des leçons de musique dans les familles les mieux nanties. Il est à la mode et se croit sorti de l'ornière.


Une prospérité qui dure jusqu'à ce qu'il ait l'âge d'être soldat. Il lui faut, alors quitter la ville accueillante pour aller remplir son devoir de citoyen. Le temps qu'on l'oublie… En 1913, à Paris, il trouve une place de pianiste dans un petit cinéma nommé le cinéma du rire. Sept heures de musique gaie par jour (galops, one-steps, etc. sans interruption). Il devait, pour tenir, porter autour des poignets des bracelets de cuir comme les travailleurs de force. Parfois, il s'endormait au clavier, mais continuait à jouer; alors, comme la musique devenait plus lente, l'ouvreuse venait lui taper sur l'épaule. Un jour, on lui propose de faire un remplacement de pianiste sur le paquebot "Paris" pour une traversée France-Amérique et retour, avec un cachet somptueux. Mais à son retour, où il est attendu comme l'enfant prodigue, il ramène un ananas et une pièce de cinquante centimes. Pendant la traversée, il ne jouait qu'aux heures de repas et les parties de poker qui s'organisaient durant ses heures de loisirs avaient consommé en six semaines le salaire entier. Jean Lenoir ne touchera plus à une seule carte de sa vie, rien que pour ne pas revivre la déception du retour. Son poste de pianiste avait été remplacé, c'est le chômage total. Pour ne rien arranger survient la guerre. On chante "La Madelon" et Jean Lenoir est comme tout le monde, dans les tranchées.


En 1917, après une blessure ; il est réformé. Toujours pas de ressources et pas même un piano, mais il s'arrange avec le patron du café des Tournelles ( porte des Lilas) pour pouvoir composer dans les heures creuses et en échange, joue gratuitement pour les clients, à l'heure de l'apéritif.


En novembre 1919, après la perte de 2 enfants, naît leur fille, Ginette. De fin 1917 à 1927, devenu chef d'orchestre, il passe de casinos en casinos et dirige l'orchestre du Théâtre du Châtelet à Paris jusqu'en 1929. Il écrit alors une chanson et décide de la présenter à un éditeur rue du Faubourg Saint-Martin qui accepte de l'éditer. Tellement heureux, Lenoir lui laisse signer les paroles et c'est le grand succès, tous le monde fredonne : "Laissez-pleurer mon coeur…". On vend des dizaines de milliers de petits formats, mais quand il va frapper à la porte de son éditeur, on le remercie, lui disant qu'il n'a aucun contrat. Il ne fait pas encore partie de la société des auteurs et n'a aucun recours. Il est quand même loin d'avoir tout perdu, car maintenant les interprètes viennent le voir et lui demandent des chansons . Il commence à produire à une "cadence industrielle" au coeur du quartier de la chanson, le faubourg Saint-Martin. Le compositeur en parlera souvent avec nostalgie. Les passants ont pour nom : Dranem, Mayol, Scotto, Saint Granier, Georgius,… Du matin au soir, tout ce peuple défile à l'entresol de Jean Lenoir et on répète à toutes heures du jour. Son premier grand succès est "Pars" que lance Yvonne Georges au sommet de sa gloire et il va composer bientôt pour tous les interprètes du moment : Maurice Chevalier, Mayol, son fidèle client, Mistinguett, Damia,… en tout 4000 chansons. Frehel chante "Comme un moineau" ( 8 millions de disques vendus ). Il compose seul toutes les musiques des "Trois mousquetaires" ( film de Henri Diamant Berger ) et également celle du premier film sonore. On lui devra ainsi la musique de 240 films ( tous passés au pilon pendant la guerre de 39-40, seul en réchappera le film "Liliom", dont il écrivit la musique en 1933 ). Pour Jean Lenoir, la composition se déroule généralement la nuit : "on se lève, on prend du papier à musique, on note. Ca continue de venir ; alors on fredonne puis on essaye au piano…". En 1924, il écrit "Parlez-moi d'amour" : «Je me souviens de cette nuit-là parce que je m'étais disputé avec ma vieille amie Mistinguett et cela m’empêchait de dormir. Je me levai et j'inscrivais les premières mesures d'une sorte de menuet. Ensuite je retournai me coucher mais cela continuait à venir. Dans une semi-somnolence, je fredonnais… A deux heures du matin, impossible de résister. Je m'installai devant mon bureau : le 1er couplet était construit. Tant pis pour les voisins, j'ouvris mon piano… « Vous savez bien que dans le fond je n'en crois rien… Mais cependant, je veux encore… » Papier, piano cigarettes, café : quand vint le jour tout était écrit. On était un jeudi. Le dimanche suivant, la nouvelle oeuvre était orchestrée, recopiée sur papier neuf, prête à la consommation. Restait à trouver un interprète ». Il la joue à tous ceux qui se présentent, mais chacun lui trouve un air rétro de menuet romantique…à tel point que la chanson a acquis une sorte de célébrité locale ; c'est le canular du métier sur lequel ses amis le blaguent : " Alors ce parlez-moi d'amour, ça démarre ? ". Pendant cinq ans il traîne cela " comme un casier judiciaire ", vingt fois, il est sur le point de brûler le manuscrit qu'il a pris en horreur. Un beau matin, une gamine dont il avait déjà vu la frimousse deux ou trois fois dans le quartier, sonne à la porte. Elle était semblable à des centaines d'autres, venues tenter leur chance à la capitale de la chanson, persuadée d'avoir une fortune dans la gorge et dans la façon de jouer de la prunelle devant le public. Elle commence son numéro de charme : - " Donnez-moi une chanson, Maître. Avec un inédit de vous, n'importe quel directeur me fera auditionner… " - " Mais mon petit, je n'ai rien… " - " Je vous en prie,…, cherchez, n'importe quoi… " Il n'y avait qu'un moyen de s'en débarrasser ! Jean Lenoir lui joue la fameuse panne : - " Veux-tu chanter ça ? " - " Oh, maître, Merci, Merci… ". Elle était éblouie, les larmes aux yeux, serrant la partition sur son coeur et lui, il avait presque des remords. Le lundi suivant vient une autre chanteuse débutante aussi mais pleine de feu et de talent à laquelle Jean Lenoir s'intéressait : - " Dis donc, Jean, j'étais hier à l'Européen où une petite se taille un succès formidable avec une nouvelle chanson signée Jean Lenoir… " - " Première nouvelle… de quelle chanson s'agit-il ? " - " Cela s' appelle… Attends… Amour, amour, non… " Parlez-moi d'amour ". Si tu ne me la donnes pas tout de suite… " L'intransigeante chanteuse, toute de pétulance et de brio, se nomme Lucienne Boyer. Après 5 ans de dédain dans la poussière d'un carton, "Parlez-moi d'amour" ressuscitait. Traduite en 37 langues, elle obtint le grand prix du disque en 1930. Le disque entra dans l'Histoire de la chanson et c'est grâce à lui que Lucienne Boyer devint une vedette internationale et chanta aux quatre coins de la planète, exportant pour la première fois un titre français dans le monde entier. "Pendant que j'écrivais cette chanson, je ne me disais pas " tu es en train de faire quelque chose d'immortel ". Mes 3 999 autres chansons, je les ai composées avec le même soin, la même sincérité. Pourquoi celle-là a t'elle connu un destin aussi exceptionnel ? Ma foi, ce sont les petits mystères du succès…". Jean Lenoir écrivit également les paroles du grand succès de Lina Margy "Voulez-vous dansez grand-mère ?" et mettra un terme quelques temps plus tard à sa carrière d'auteur, "le métier ayant bien changé…".


Le 6 septembre 1954, il fût nommé Chevalier de la Légion d'Honneur. Jusqu'à sa retraite, il géra son studio d'enregistrement et les éditions Magali, rue de la Rochefoucault à Paris.